Combien de temps dure le deuil d'un chien
C'est la question que l'on tape la nuit, quelques jours après, quand on ne comprend pas pourquoi ça fait aussi mal. La réponse honnête tient en une phrase : il n'existe pas de durée normale.
Ce qui change avec le temps
Certaines personnes se sentent mieux au bout de quelques semaines. D'autres pleurent encore un an après en retrouvant une laisse au fond d'un tiroir. Les deux sont normales.
Ce qui évolue, ce n'est pas l'intensité de la douleur quand elle arrive. C'est sa fréquence. Au début, c'est permanent. Puis cela devient des vagues, plusieurs par jour. Puis une par jour. Puis une par semaine, déclenchée par un bruit, une odeur, un chien croisé dans la rue qui a la même démarche. Les vagues gardent longtemps la même hauteur, elles s'espacent simplement. C'est cela, aller mieux. Ce n'est pas oublier.
Beaucoup de gens sont surpris par le décalage : ils se croient remis, et six mois plus tard une photo les remet à terre pour une soirée. Ce n'est pas une rechute, ce n'est pas un échec. C'est le fonctionnement normal du deuil.
Pourquoi c'est parfois plus dur qu'on ne l'attendait
Le lien avec un chien a trois caractéristiques que peu de relations humaines réunissent. Il est quotidien, sans interruption, souvent pendant dix ou quinze ans. Il est physique : on le touche tous les jours. Et il est sans conflit, sans jugement, sans rancune.
Il structure aussi le temps. Les horaires de sortie, le bruit dans le couloir, la présence au pied du lit. Quand le chien disparaît, ce ne sont pas seulement des souvenirs qui manquent, c'est l'organisation d'une journée entière qui s'effondre. Voilà pourquoi les premiers jours sont souvent les pires : chaque heure rappelle un geste qui n'a plus d'objet.
S'ajoute une difficulté particulière : ce deuil est peu reconnu socialement. On prend rarement des congés, personne n'envoie de fleurs, et il se trouve toujours quelqu'un pour dire que ce n'était qu'un animal. Un chagrin que l'on doit cacher met plus longtemps à s'apaiser qu'un chagrin que l'on peut dire.
Quand la décision a été prise par vous
L'euthanasie ajoute une couche que peu de gens osent nommer : la culpabilité. Ai-je attendu trop longtemps. Ai-je décidé trop vite. Est-ce que je l'ai fait pour lui ou parce que je n'en pouvais plus.
Ces questions tournent en boucle et n'ont pas de réponse, parce qu'il n'existait pas de bon moment. Il n'y avait qu'un moment où continuer devenait plus douloureux pour lui que s'arrêter. Vous avez pris une décision avec les informations que vous aviez ce jour-là, pas avec celles que vous avez aujourd'hui. Si cette pensée revient tous les jours depuis plusieurs semaines, c'est le signe qu'il faut en parler à quelqu'un, pas le signe que vous avez mal fait.
Ce qui aide vraiment
Dire son prénom à voix haute. Beaucoup arrêtent de le prononcer pour ne pas pleurer. C'est exactement l'inverse qui apaise.
Donner une place à l'objet. Ranger la gamelle et le panier dans un placard ne fait pas disparaitre le manque, cela le déplace. Gardez un objet, un seul, visible. Le collier sur une étagère fait souvent plus de bien qu'une pièce vidée.
Écrire. Pas un journal intime, juste des faits : la façon dont il se couchait, le bruit qu'il faisait en soupirant, la première fois que vous l'avez vu. Ce sont ces détails qui s'effacent en premier, et ce sont eux que l'on regrette de ne pas avoir notés. Le carnet de mémoire propose cinquante pages guidées exactement pour cela, quand on ne sait pas par où commencer.
Marquer le départ par un geste. Une photo choisie et encadrée, un dessin, une carte avec ses dates. Le cerveau a besoin d'un repère concret, et le fait de créer quelque chose de ses mains occupe la période où l'on ne sait pas quoi faire de ses soirées. Si les mots ne viennent pas, nous en avons rassemblé quarante dans cet article.
Parler à quelqu'un qui comprend. Pas forcément un proche. Souvent, une personne qui a perdu un chien comprendra en trois mots ce qu'un ami très cher ne comprendra jamais.
Ce qui n'aide pas
Se fixer une date. Se comparer. Tout ranger le lendemain. Reprendre un chien pour combler le vide dans les jours qui suivent, ce qui place le nouveau dans une position intenable. Et s'interdire de pleurer devant les autres, ce qui prolonge tout.
Quand se faire accompagner
Le deuil animalier est reconnu, et des psychologues le prennent en charge. Il est utile de consulter si, après plusieurs semaines, vous ne dormez plus, vous ne mangez plus, vous ne parvenez plus à travailler, vous vous isolez, ou si la culpabilité occupe vos journées. Ce n'est pas réservé aux cas graves : c'est simplement plus efficace que d'attendre.
Une écoute spécialisée dans le deuil animalier
En France, l'association Soutien Deuil Animal propose une écoute téléphonique gratuite assurée par des bénévoles, des groupes de parole et un suivi individuel. Des psychologues spécialisés dans le deuil animalier reçoivent également en cabinet ou à distance.
Si le chagrin devient trop lourd
Ces lignes écoutent toute forme de détresse, quelle qu'en soit la cause. Vous n'avez pas besoin d'être en crise pour appeler.
- France : 3114, gratuit, 24h sur 24 et 7 jours sur 7, répondu par des infirmiers et des psychologues formés
- Belgique : 0800 32 123, Centre de prévention du suicide, gratuit et anonyme, 24h sur 24 et 7 jours sur 7
- Suisse : 143, La Main Tendue, gratuit, 24h sur 24 et 7 jours sur 7, avec un chat sur 143.ch
- Luxembourg : 45 45 45, SOS Détresse, tous les jours de 11h à 23h, jusqu'à 3h le vendredi et le samedi
En cas de danger immédiat, appelez le 112.
Expliquer à un enfant
Dites la vérité avec des mots simples. Évitez « il est parti » et « il s'est endormi », qui créent de l'angoisse au coucher et l'attente d'un retour. Dites qu'il est mort, qu'il n'a pas eu mal, et que l'on a le droit d'être triste aussi longtemps qu'on veut.
Laissez l'enfant faire un geste : choisir la photo, dessiner, écrire un mot. Les enfants traversent souvent le deuil plus vite que les adultes, mais par à-coups, avec des retours plusieurs mois plus tard. C'est normal aussi.
Questions fréquentes
Est-ce normal de pleurer plus pour son chien que pour un proche
Oui, et cela ne dit rien de votre attachement aux gens. Le chien était présent chaque jour, sans conflit, dans le détail du quotidien. C'est ce quotidien qui manque, et il manque à chaque heure.
Au bout de combien de temps peut-on reprendre un chien
Il n'y a pas de délai. La seule question utile est celle-ci : est-ce que je cherche à le remplacer, ou est-ce que j'ai de la place pour quelqu'un d'autre. Un nouveau chien ne prendra pas la place de l'ancien, il prendra la sienne.
Que faire des affaires de mon chien
Rien tout de suite. Mettez-les dans une boîte, pas à la poubelle. Vous déciderez dans six mois, avec une tête plus claire. Gardez un objet dehors, visible.
Pourquoi je ne suis pas triste, est-ce que c'est grave
Non. L'anesthésie des premiers jours est fréquente, surtout après une longue maladie où le deuil a commencé avant la mort. Le chagrin arrive parfois des semaines plus tard, sans prévenir.
Si vous cherchez à mettre des mots plus longs sur ce que vous traversez, le livre Ne me dites plus jamais que ce n'était qu'un chien réunit vingt-sept chapitres sur le deuil animalier, écrits par quelqu'un qui est passé par là.